
Une mission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a été forcé de quitter la Guinée Bissau après les menaces reçues de la part du chef de l’État. Pourtant, elle devait aider le pays à sortir de la crise politique actuelle. Les membres de la délégation ont précisé avoir préparé un projet d’accord sur la date des prochaines élections qu’ils s’apprêtaient à présenter aux différentes parties.
Les putschistes de l’Alliance des États du Sahel commencent-ils à faire d’autres émules ? La question mérite d’être posée, depuis que l’ancien ministre nigérian des Affaires étrangères, Bagudu Hirse, et chef d’une mission envoyée par la Cédéao a expliqué dans un communiqué avoir dû écourter le séjour de sa délégation à Bissau « à la suite des menaces » du président Umaro Sissoco Embalo.
En tout cas, on aurait cru à une « fake news » si le chef de l’État bissau-guinéen n’a pas reconnu lui-même avoir donné un délai de 24 heures aux membres de la mission de la Cédéao pour quitter le pays après les avoir reçus. Il reprochait aux délégués de l’organisation sous-régionale de consulter les forces politiques du pays pour trouver un compromis sur la date de l’élection présidentielle.
Car une profonde divergence oppose Umaro Sissoco Embalo et son opposition sur la date de fin de son mandat – ce qui exacerbe les tensions dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, habituée à une instabilité chronique. Les adversaires du président bissau-guinéen font valoir que son mandat, entamé en 2020, aurait dû s’achever le 27 février dernier, pour laisser la place à un chef d’État intérimaire chargé d’expédier les affaires courantes en attendant l’organisation des prochaines élections.
Mais le chef de l’exécutif bissau-guinéen ne l’entend pas de cette oreille, bien au contraire. Il a une autre conception de la durée de son mandat. Estimant que les juges de la Cour suprême ayant proclamé son élection le 4 septembre 2020, il doit donc rester au pouvoir au moins jusqu’au 4 septembre 2025, et au-delà, puisque la date de la prochaine élection présidentielle a été fixée le 30 novembre prochain.
Pour ne rien arranger aux tensions et à cette crise politique qui s’enlise dans un pays où se sont déroulés de nombreux coups d’État, Umaro Sissoco Embalo a annoncé à Jeune Afrique, ce lundi 3 mars, être candidat à sa propre succession, après avoir déclaré en septembre 2024 qu’il ne se représenterait pas pour un second mandat. Ce qui fait dire à ses adversaires que le « problème de la Guinée Bissau, c’est l’incohérence de son président et ses déclarations à l’emporte-pièce ».
En contribuant ainsi à saper l’autorité politique de la Cédéao, dont il a pourtant présidé la Conférence des chefs d’États, le président bissau-guinéen apporte de l’eau aux moulins de tous ceux qui vitupères contre l’organisation sous-régionale à longueur de journée. Lui, qui a passé le plus clair de son temps à vilipender les juntes militaires au pouvoir en Afrique de l’Ouest. Désormais, qu’est-ce qui le différencie des régimes illégitimes de l’AES, s’il suit leur exemple ? Il appartient désormais à la Cédéao de tirer toutes les conséquences de ce curieux déroulement.