Russie-Afrique: ces Africains qui servent de chairs à canon pour l’armée russe

La guerre d’invasion de la Russie contre l’Ukraine a soudainement été éclipsée du devant de l’actualité internationale par les récentes ambitions impériales du locataire de la Maison-Blanche au Venezuela ou au Groenland. Pourtant, elle se poursuit avec son lot de drames, voire de tragédies, et le plus souvent dans un silence relatif ou total des médias dominants. Éric Topona.

Au rang de cette triste et préoccupante actualité sur le front de la guerre russo-ukrainienne, il y’a plus que jamais lieu de s’indigner du martyre de nombreux Africains enrôlés dans l’armée russe, lequel ne semble pas connaître d’épilogue.

​C’est une vidéo glaçante récemment diffusée sur les réseaux sociaux qui continue de susciter des vagues d’indignation qui ne sont pas près de retomber. Dans cette vidéo en date du 9 janvier 2026, on peut voir une recrue militaire africaine dans l’armée russe, victime de tortures, de traitements inhumains et dégradants comme s’il s’agissait d’un criminel de guerre capturé par le camp adverse. Or, cet Africain est formellement le compagnon d’armes de son tortionnaire russe dont il est plutôt censé recevoir attention et protection.

Mais outre ce traitement physique criminel, les propos injurieux et méprisants du « frère d’armes » russe à l’endroit de ce soldat, que l’on peut considérer comme un légionnaire africain de l’armée de Vladimir Poutine, sont fort révélateurs du mépris à l’endroit de l’Afrique dans l’imaginaire collectif russe de manière générale, en dépit de quelques exceptions. Du fait de sa couleur de peau, ce soldat africain est traité de « morceau de charbon ».

Souvenirs des exactions de Wagner en RCA

La torture dont cette recrue africaine est l’objet et les insultes racistes dont il est couvert ne sont pas sans rappeler les comportements ignobles des mercenaires de Wagner sur les populations civiles en République Centrafricaine ou au Mali. Largement documentés par de nombreux témoignages des populations locales, les autorités des pays hôtes des mercenaires de Poutine en Afrique n’ont émis ni protestations officielles, ni rappels à l’ordre de ces combattants russes. Le mépris raciste que subissent les soldats africains dans l’armée russe s’inscrit dans le droit fil des errements criminels des hommes de l’Africa Corps en Afrique.

Sursaut des jeunes Africains​….

Toutefois, ce qu’il y’a lieu de relever pour s’en réjouir, c’est de voir de nombreux africains, en majorité des jeunes, à la faveur de cette récente vidéo de tortures que subit l’un de leurs congénères, supposé combattre dans l’armée russe, réaliser qu’il s’agit en réalité d’une chair à canon comme des centaines d’autres Africains. Du coup, et c’est une tendance qui ne cesse de croître, le monde idéalisé d’une coopération russo-africaine et garante de la souveraineté du continent africain s’effondre piteusement.

et…silence des influenceurs pro-Russes

Il faut d’ailleurs relever que les relais de la propagande russe en Afrique, notamment les influenceurs les plus en vue à la solde de Moscou qui essaiment sur les réseaux sociaux, sont étrangement silencieux sur la xénophobie et la chosification des Africains dans l’armée russe. Il est manifeste que non seulement ils sont gênés aux entournures, mais ils sont en outre bien embarrassés car il s’agit pour eux de déconstruire le narratif angélique qu’ils ont eux-mêmes construit sur l’exemplarité de la nouvelle dynamique de la coopération russo-africaine sous la présidence de Vladimir Poutine.

Les langues commencent à se délier

Au niveau des officiels et des gouvernements africains, les choses commencent à bouger. Après un long moment de silence qui confinait à l’indifférence ou à l’apathie, certains Etats expriment désormais leur indignation face à cette scandaleuse réalité. C’est par exemple le cas du gouvernement du Ghana qui a ouvertement protesté auprès de la Fédération de Russie contre ces crimes à l’encontre de ses ressortissants pourtant recrutés dans les forces armées russes pour des raisons a priori légitimes.

Mais il faudra, pour ces gouvernements, monter d’un cran supplémentaire dans l’échelle de l’indignation. Dans le cas d’un pays comme le Cameroun par exemple, les données actuelles révèlent que 30% de ses ressortissants recrutés dans l’armée russe sont décédés sur le théâtre des opérations. Plus grave, ces Camerounais sont pour la plupart des soldats de l’armée régulière, donc des déserteurs qui vont combattre pour la Russie, privant ainsi l’armée régulière camerounaise de quelques-uns de ses vaillants hommes de troupe.

L’UA doit agir

Au regard de l’ampleur que ​prend cette migration combattante vers la Russie, l’Union ​africaine devrait se saisir de ce phénomène dramatique au titre de l’impérieuse protection de ses ressortissants comme l’y oblige ses textes. Or, ce que l’on peut constater, c’est l’incompréhensible silence de l’organisation continentale sur ces drames.

Certes, ses organes dirigeants ont à cœur de ne pas heurter le maître du Kremlin tout autant que la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernements. Mais jusqu’où l’Union ​africaine pourra s’emmurer dans ce mutisme alors que les peuples attendent des prises de position claires et fermes ? Ce qui se joue dans ces crimes racistes contre des Africains en Russie, c’est la respectabilité de tout un continent.

 

 

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