La protestation officielle du Ghana contre le recrutement de ses ressortissants dans les unités russes, sous de fausses promesses d’emploi ou d’études lève le voile sur une pratique prisée par la Russie. Moscou semble avoir trouvé dans la vulnérabilité de la jeunesse africaine un nouveau réservoir de combattants pour sa guerre en Ukraine qui s’enlise. Le bilan communiqué par Accra — 62 morts et 15 disparus — donne à cette offensive de recrutement une dimension tragique.
Le 18 août 2026, le ministre ghanéen en charge des affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a exprimé auprès de son homologue russe, Sergueï Lavrov, à Moscou, sa vive indignation contre l’enrôlement de citoyens ghanéens sur la base de promesses fallacieuses et dans des conditions illégales. Le tout, en violation absolue des droits de la personne tels que codifiés par l’ordre juridique international auquel la Russie est pourtant partie.
Partis du Ghana dans le cadre d’une émigration classique, notamment pour remplir des promesses d’emploi ou parfaire des études supérieures avec à la clé des perspectives d’insertion professionnelle alléchantes, ils se sont retrouvés captifs et contraints de servir les buts de guerre de leur pays hôte. Le bilan rendu public par la diplomatie ghanéenne est glaçant : 62 morts et 15 disparus.
Une razzia des temps modernes
Cette razzia des temps modernes des autorités militaires russes en Afrique se focalise notamment dans les pays d’Afrique subsaharienne, francophone, anglophone et lusophone. Le procédé est le même que celui récemment dénoncé pour des cas similaires dans d’autres pays d’Afrique. Au départ se trouvent les Maisons de la Russie en Afrique.
Colonnes avancées des ambitions géopolitiques et de l’hégémonie rêvée de la Russie en Afrique, ces institutions s’affichent officiellement comme les canaux de diffusion du soft power russe en Afrique. À l’instar des Instituts français pour la France, du British Council pour la Grande-Bretagne, de l’Institut Goethe pour l’Allemagne ou des Instituts Confucius pour la Chine.
Si dans leur organisation et leur communication officielle, ces Maisons de la Russie dispensent des enseignements de langue et de civilisation russes, proposent des formations en Russie et des promesses d’emploi, la réalité derrière ce décor hautement séduisant est radicalement différente. Elle l’est davantage depuis que l’Opération militaire spéciale du Kremlin en Ukraine s’est muée en une guerre sans fin pour les troupes de Vladimir Poutine, qui ont enregistré des pertes colossales en hommes au combat.
En outre, face aux désertions croissantes dans les rangs des troupes russes, l’Afrique subsaharienne est apparue aux yeux de Moscou comme un vivier au sein duquel il est possible d’enrôler par milliers et à peu de frais des combattants.
Ces Maisons de la Russie, pour y parvenir, ont misé sur l’extrême jeunesse de la population du continent africain, la vulnérabilité d’une partie importante de sa population réputée sensible aux perspectives d’émigration à des fins économiques, mais aussi et surtout la faiblesse de l’autorité de l’État dans certains de ces pays.
Protestations des pays africains
Timide au départ, la protestation des pays africains est allée crescendo. Face à la clameur des opinions publiques africaines sur les réseaux sociaux, les pouvoirs locaux se devaient de réagir. C’est dans ce sillage que se situe la protestation officielle du patron de la diplomatie ghanéenne.
Mais de quoi est-elle le nom, cette persistance de Moscou à recruter en Afrique comme en Amérique latine, sous des promesses fallacieuses d’emploi des soldats qui seront déportés sur le front de guerre en appui à son armée ?
C’est d’abord la preuve manifeste de l’enlisement continuel de Moscou dans une guerre qu’elle clamait gagnée d’avance et de manière expéditive. À ces enrôlements d’Africains qui se poursuivent en dépit de la curieuse défense du ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui affirme que ces Africains se sont volontairement engagés aux côtés des troupes russes, il ne faut pas perdre de vue l’affaire des flottes fantômes russes, battant pavillon de certains pays africains, parfois à leur insu et bien évidemment sans l’autorisation officielle de ceux-ci. Certains pays ont officiellement protesté contre cette fraude au droit maritime international, une violation flagrante de leur souveraineté.
Mépris des Africains
Ces violations des droits de la personne sur le sol africain traduisent à suffisance le peu de considération, voire le mépris du pouvoir russe actuel à l’endroit des Africains de manière générale. En réponse à la protestation d’Accra, le ministre russe des Affaires étrangères tente de relativiser la gravité des crimes dénoncés, au prétexte que le Ghana est un partenaire de Moscou dans la lutte contre le racisme.
Or, l’activisme des Maisons de la Russie en Afrique pour le compte du ministère russe de la Défense a pour socle un racisme non dissimulé envers les Africains. Preuve en est faite aussi bien sur des vidéos virales de maltraitance d’Africains sur le front de guerre russo-ukrainien, mais aussi au regard des exactions richement documentées des paramilitaires de l’Africa Corps au Sahel.
Cette sortie du chef de la diplomatie ghanéenne intervient moins de deux mois avant le troisième Russie-Afrique qui se tiendra à Moscou les 28 et 29 octobre 2026. Reste à voir si les gouvernants africains exprimeront leurs protestations de vive voix face à Vladimir Poutine.



