Entre Cotonou et Paris, une relation consolidée qui cherche un nouveau souffle

Pour son premier déplacement hors du continent depuis son investiture, en mai, le président béninois, Romuald Wadagni, a été reçu à l’Élysée lundi 5 octobre. Énergie, sécurité, restitution d’œuvres d’art : Cotonou et Paris affichent leur proximité, dans une Afrique de l’Ouest où l’influence française ne cesse de reculer.

Dès son entrée en fonctions, le 24 mai, le nouveau chef de l’État béninois a placé la diplomatie au cœur de son action. Ses premiers déplacements l’ont conduit chez ses voisins ouest-africains, notamment auprès de pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), dans un contexte régional marqué par de profondes recompositions géopolitiques et des tensions persistantes.

Arrivé à Paris dimanche 4 octobre, Romuald Wadagni a participé au dîner officiel d’Africa-France Impact. Le lendemain, il a été reçu à l’Élysée par son homologue, Emmanuel Macron. Les entretiens ont porté sur plusieurs dossiers prioritaires de la coopération bilatérale : l’énergie, la formation professionnelle, la sécurité et la culture.

Signature d’accords stratégiques de financement

À l’issue de cette visite, les deux pays ont signé plusieurs accords d’un montant global de 65,5 millions d’euros (près de 43 milliards de francs CFA), avec le concours de l’Agence française de développement (AFD) et de Bpifrance, la banque publique d’investissement française.

Ces financements concernent plusieurs secteurs jugés stratégiques pour l’économie et la cohésion sociale du pays : l’agriculture et le développement rural ; la santé, avec la création d’un laboratoire d’expertise ADN ; la formation et l’insertion professionnelle des jeunes ; l’énergie, avec l’extension du réseau électrique et un objectif de 120 000 nouveaux branchements, confiés à la Société béninoise d’énergie électrique (SBEE).

Le volet énergétique est crucial pour le Bénin. Sous les deux mandats de Patrice Talon, prédécesseur de Romuald Wadagni, le pays a consenti d’importants investissements pour s’industrialiser et diversifier son économie.

Cette politique s’est traduite par la création de zones industrielles spécialisées dans le textile, l’agroalimentaire, les produits pharmaceutiques, les matériaux de construction, l’électronique ou encore l’automobile. Autant d’activités gourmandes en électricité.

Réduire la dépendance énergétique

Or le défi énergétique reste considérable. Selon l’Autorité de régulation de l’électricité du Bénin, le pays dépendait encore de ses voisins pour 62 % de son approvisionnement électrique en 2024.

En 2023, toujours selon cette institution, 57 % de la population avait accès à l’électricité, avec de fortes disparités entre villes et campagnes.

Les autorités béninoises visent l’accès universel à l’électricité d’ici à 2030. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur : l’augmentation de la capacité nationale de production ; le développement du solaire photovoltaïque, qui devra représenter 30 % du mix énergétique ; l’extension progressive des réseaux électriques dans les zones rurales.

Lutte contre le djihadisme et coopération sécuritaire

La lutte contre le terrorisme est l’autre grand axe de la coopération franco-béninoise. Alors que les groupes djihadistes gagnent du terrain au Sahel et s’étendent vers les pays du golfe de Guinée, Cotonou cherche à renforcer les capacités de ses forces de défense et de sécurité.

La coopération militaire entre les deux pays repose sur deux volets. Sur le plan opérationnel, elle comprend la formation au déminage, le renforcement des capacités des Forces armées béninoises (FAB), la fourniture d’équipements spécialisés et le perfectionnement des unités engagées sur le terrain.

Sur le plan structurel, Paris soutient le Centre de perfectionnement aux actions post-conflictuelles de déminage et de dépollution (CPADD), basé à Cotonou. Cette école à vocation régionale forme des personnels civils et militaires au déminage et aux interventions humanitaires.

La France appuie également l’Académie logistique de Ouidah (ALO), présentée comme un centre d’excellence consacré à la gestion des matériels et à la formation logistique.

Restitution du patrimoine culturel

La question du patrimoine a, elle aussi, occupé une place importante dans les échanges entre les deux dirigeants. Romuald Wadagni a officiellement demandé la restitution de trente-cinq nouvelles œuvres, issues pour l’essentiel des anciens royaumes du Dahomey et de Porto-Novo.

Conservées en France, en particulier au Louvre et au Musée du quai Branly-Jacques Chirac, ces pièces comprennent notamment le siège du roi Toffa de Porto-Novo et une statue du dieu des forgerons, Gou.

Cette demande prolonge le processus engagé entre Paris et Cotonou. En novembre 2021, la France avait déjà restitué au Bénin vingt-six trésors royaux d’Abomey, une étape importante dans la coopération culturelle entre les deux pays.

En mars 2026, un décret présidentiel béninois a institué un comité scientifique, dont le principe a été validé par Paris et par Cotonou. Sa composante béninoise, forte de six membres, est présidée par Alain Godonou, conservateur et spécialiste du patrimoine. Y siègent également le directeur du patrimoine culturel et l’historienne de l’art Marie-Cécile Zinsou, spécialiste des questions de restitution. La France doit rendre publique, dans les prochains jours, la liste de ses propres experts.

Une relation privilégiée dans un contexte géopolitique tendu

En faisant de la France sa première destination officielle hors d’Afrique, le président béninois souligne l’importance stratégique qu’il accorde au partenariat avec Paris. Ce rapprochement intervient dans une Afrique de l’Ouest bouleversée par une série de coups d’État et par la montée d’un sentiment antifrançais, alimenté par diverses campagnes d’influence.

Souvent présenté comme l’un des pôles de stabilité démocratique de la région, le Bénin n’échappe pas pour autant aux tensions qui la traversent. Cette stabilité a été mise à l’épreuve lors de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025. À la demande du gouvernement béninois, la France avait alors apporté un appui en matière de renseignement et de surveillance qui, selon Cotonou, a contribué à renforcer les capacités des forces béninoises face à la menace.

Le renforcement du partenariat apparaît ainsi comme un choix stratégique pour les deux capitales. Pour Cotonou, il s’agit de diversifier ses sources de financement, de moderniser ses infrastructures et de consolider sa coopération sécuritaire, tout en poursuivant la récupération de son patrimoine. Pour Paris, le Bénin est un partenaire précieux dans une région où l’influence française est de plus en plus contestée.

En renouvelant leurs engagements, les deux pays entendent montrer qu’une relation entre l’Europe et l’Afrique peut évoluer vers un partenariat fondé sur des intérêts réciproques et sur la prise en compte des contentieux historiques. Au-delà des déclarations, tout l’enjeu sera désormais de traduire ces engagements en résultats concrets pour les Béninois.

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