Au Bénin, les bâtisseurs de l’Aube nouvelle, une BD qui fait le pari des enfants pour assurer l’avenir

Lancé le 18 mars 2026 à Cotonou, le projet « ALAFIA 2060 : Les Bâtisseurs de l’Aube Nouvelle » se présente comme une démarche de sensibilisation citoyenne d’un genre inédit, qui utilise la bande dessinée comme outil de mobilisation civique. Une manière de faire entrer la politique — au sens noble du terme — dans l’imaginaire de la jeunesse béninoise.

C’est une initiative qui ne vient ni du gouvernement béninois, ni d’un parti politique ni, encore moins, d’une organisation internationale. Elle émane d’un acteur privé, porté par une intuition simple mais ambitieuse : si le Bénin veut réussir les prochaines décennies, il doit parler d’abord à ses enfants.

Au cœur de ce projet se trouve Serginot Lissassi, expert en intelligence économique, qui a choisi d’aborder la question du futur national par le biais de la pédagogie et de la narration. L’idée n’est pas de proposer un programme politique, mais de susciter une adhésion morale et symbolique.

Dans un pays où les débats publics sont souvent dominés par les enjeux électoraux immédiats, « ALAFIA 2060 » tente de déplacer le regard vers un horizon lointain, celui de l’année 2060, lorsque les enfants d’aujourd’hui seront devenus les décideurs de demain.

Une bande dessinée comme un instrument civique

À première vue, l’idée peut paraître audacieuse, presque utopique. Transformer une bande dessinée en outil de mobilisation nationale. Rien que ça ! Loin d’être anodin, c’est un choix qui est en adéquation avec certaines réalités du continent, puisque dans de nombreux pays africains, la littérature jeunesse reste encore insuffisamment structurée, alors même que la population est majoritairement jeune. En optant pour ce format, l’initiateur du projet veut s’adresser directement aux enfants sans passer par les filtres traditionnels du discours politique ou institutionnel.

L’album se présente comme un récit d’anticipation. Il met en scène un Bénin futuriste, prospère et modernisé, résultat d’un effort collectif fondé sur des valeurs de travail, de civisme et d’excellence. Le récit n’a pas seulement vocation à divertir les enfants. Il vise surtout à inscrire dans l’imaginaire des plus jeunes une vision positive du pays. Dans le contexte africain marqué par les discours pessimistes qui dominent l’espace public, la démarche se veut résolument volontariste.

L’innovation principale réside dans ce que le promoteur appelle le « Pacte de l’Aube Nouvelle », parce qu’à la fin de la lecture, les enfants sont invités à signer symboliquement un engagement moral. Même sans valeur juridique contraignante, ce pacte fonctionne comme un rite d’adhésion. En le signant, le jeune lecteur ne se contente de consommer une histoire, mais il devient, symboliquement, un acteur du futur.

Selon Serginot Lissassi, l’objectif est clair : « Nous devons donner aux enfants l’envie d’aimer le Bénin, leur pays, et de croire en son potentiel. ALAFIA 2060 leur offre une boussole. » L’image est d’autant plus révélatrice que le monde est plein d’incertitudes et de crises en tout genre. En somme, l’initiative entend fournir un repère moral à une génération en construction.

Trois dimensions rarement associées

Ce qui distingue ce projet, c’est aussi son caractère indépendant. Il ne s’inscrit pas dans une campagne officielle d’éducation civique et ne dépend pas directement d’une institution publique. Cette autonomie lui donne une certaine liberté de ton, mais constitue aussi un pari, celui de convaincre par la force du récit plutôt que par la coercition.

En sachant qu’au Bénin, l’éducation civique a longtemps été l’apanage de l’école et des discours institutionnels. Cette bande dessinée tente de contourner cette logique en utilisant un langage plus accessible et plus émotionnel. Le projet mêle ainsi trois dimensions rarement associées, à savoir l’art, l’éducation et la prospective.

L’ambition affichée est d’aller au-delà d’un simple livre. Le promoteur annonce un roadshow national, destiné à parcourir le pays pour rencontrer directement les enfants dans les écoles, les centres de loisirs et les structures culturelles. L’objectif n’est pas seulement de distribuer l’ouvrage, mais de créer un moment d’échange et de discussion. Chaque étape doit permettre de recueillir les signatures symboliques du pacte générationnel.

Cette stratégie de terrain rappelle les campagnes de sensibilisation citoyenne menées dans d’autres contextes, mais elle se distingue par son public cible : les enfants. Là où les initiatives traditionnelles s’adressent aux adultes ou aux jeunes électeurs, « ALAFIA 2060 » choisit de s’adresser à ceux qui ne votent pas encore.

En mettant l’accent sur les enfants, le projet cherche à contourner les clivages politiques. Il ne s’agit pas de proposer une idéologie, mais de promouvoir des valeurs présentées comme universelles : le travail, le civisme, l’excellence et le patriotisme.

L’idée d’un pacte symbolique entre les enfants et le futur du Bénin renvoie à une question plus large : comment construire une vision nationale partagée par tous dans une société en mutation rapide ? En cela, « ALAFIA 2060 » se rapproche davantage d’un projet culturel que d’une initiative strictement éducative.

Idéal national

Au-delà de la bande dessinée elle-même, l’ambition du projet est de créer ce que le promoteur décrit comme la plus grande communauté de jeunes ambassadeurs du futur du Bénin. Cette dimension communautaire est essentielle, parce qu’elle permet de transformer une simple initiative éditoriale en projet de mobilisation nationale.

En cherchant à créer une communauté d’enfants engagés, « ALAFIA 2060 » tente de répondre à un défi majeur, celui d’utiliser l’énergie démographique comme en force constructive. Surtout que le projet ne prétend pas apporter une réponse définitive aux problématiques nationales. Il propose une méthode originale consister à faire recours à l’imaginaire des enfants.

La démarche s’inscrit dans une tradition bien connue : celle des récits fondateurs destinés à structurer l’identité nationale. Dans de nombreux pays, la littérature jeunesse a joué un rôle central dans la construction d’un imaginaire collectif. Ce fut le cas en Europe au XIXe siècle, mais aussi dans plusieurs pays d’Asie au XXe siècle.

Or, l’initiative de Serginot Lissassi intervient dans un espace où ces genres de démarches ont été peu explorés. La sienne tente de créer un récit positif autour de l’avenir du pays. L’accent mis sur les valeurs peut être perçu comme une tentative de reconstruire un socle moral commun. Le succès du projet dépendra en grande partie de sa capacité à toucher effectivement les enfants, notamment en dehors des grandes villes. Le roadshow annoncé sera donc un test décisif.

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