Au Niger, Abdourahamane Tiani en quête permanente du bouc-émissaire

Les riverains de l’aéroport Hamani Diori de Niamey ont été sortis de leur sommeil dans la nuit du 28 au 29 janvier par des tirs nourris et des détonations d’armes d’une rare puissance qui auront duré près d’une heure. Infrastructure stratégique et hautement sensible parce qu’il s’agit de la porte d’entrée et de sortie du pays, l’aéroport​ international de Niamey abrite en outre la Base aérienne 101, le quartier de la force militaire mixte Burkina Faso-Mali-Niger.  ​L’attaque a été revendiquée par l’État islamique (EI)​. Éric Topona.​

 Dans les images diffusées à la télévision d’Etat, des corps ont été présentés comme étant ceux des assaillants ainsi que des armes et des munitions supposées être le butin de guerre des forces de défense et de sécurité nigériennes. Le chef de l​a​ junte, le général ​​​Abdourahamane Tiani a été présenté lors d’une visite qu’il a effectuée sur les lieux des événements​ le jeudi 29 janvier 2026.

Les médias d’​État ont dénoncé une attaque perpétrée par un « groupe de mercenaires télécommandés » tandis que le chef de ​l​a junte s’est voulu plus précis et plus virulent..Il ne s’est guère embarrassé de circonlocutions : « Nous rappelons aux sponsors de ces mercenaires, notamment Emmanuel Macron, Patrice Talon, ​Alassane Ouattara​ que nous les avons suffisamment écoutés aboyer​. Qu’ils s’apprêtent eux aussi à nous écouter rugir ». Cette dénonciation et cette mise en garde, dans la forme comme dans le fond, sont rares et surprenantes dans les paroles d’un chef d’État​ (quoique non élu) pour ne pas être soulignées.

Bouc-émissaire

Les armes se seront à peine tu​es qu’il tient déjà les coupables véritables aux ordres desquels les assaillants auraient obéi. Il accuse nommément les chefs d’Etat français, ivoirien et béninois sans aucune référence à leurs fonctions officielles. Il les désigne comme les auteurs d’une cabale qui auraient agi pour leurs comptes personnels et non comme les plus hautes autorités de leurs ​États respectifs. Deux métaphores significatives et grossières apparaissent dans son propos. Il se drape dans la posture du lion qui ne tardera pas à « rugir » alors qu’il tient ses homologues pour des chiens qu’il promet fermement de ne plus écouter « aboyer ».

Au-delà des événements de l’aéroport international de Niamey, et de la théâtralisation permanente du pouvoir dont sont coutumiers les chefs d’​État de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), force est de constater que le général ​Abdourahamane Tiani joue là un classique depuis sa prise de pouvoir ​le 26 juillet 2023 et surtout face son bilan catastrophique de la gestion sécuritaire du pays.

Confronté aux réalités du terrain dans un Niger où les populations vivent dans la peur et l’insécurité bien plus qu’avant son coup d’Etat militaire, le régime du général Tiani s’est depuis lors tristement illustré dans la quête permanente des bouc-émissaires. Jamais il n’a assumé ses échecs devant le peuple ou tout au moins effectué un indispensable aggiornamento. Quelques semaines plus tôt, en conseil des ministres, il s’était illustré par une curieuse décision rare en Afrique, voire inédite y compris dans des pays en guerre, relative à la réquisition des biens et des personnes pour la défense de la patrie.

Signe de fébrilité manifeste

Toutes les autres nombreuses initiatives sans lendemain mais toujours annoncées en grande pompe, sont un signe évident de fébrilité pour un pouvoir qui préfère continuellement casser le thermomètre au lieu de regarder en face la température qu’il révèle, et mettre en place les correctifs nécessaires pour assurer la sécurité des citoyens et la stabilité du pays.

Dans le communiqué officiel publié à l’issue de ces événements dramatiques, comme dans le discours du chef de l​a junte, ni l’un ni l’autre n’accusent les terroristes djihadistes, mais de simples « mercenaires » à la solde de pays étrangers. Ce choix revêt une signification politique de première importance.

Les autorités de Niamey ont conscience qu’une accusation portée contre les terroristes djihadistes serait un aveu d’échec aux yeux de leurs populations, de la communauté internationale et même des investisseurs étrangers qui douteraient alors de la fiabilité de la destination Niger.

Couronne de lauriers

En revanche, dans ses propos, Abdourhamane Tiani n’a pas manqué de tresser une ​couronne de lauriers à ses « partenaires russes » qui leur ont permis de repousser cette attaque. Mais au-delà de ce satisfecit apparent, des questions demeurent sans réponse. Comment le renseignement prévisionnel nigérien ou russe, n’ont pas permis d’anticiper cette attaque et neutraliser les assaillants avant même qu’ils ne s’ébranlent vers cette cible stratégique ?

Cette incurie sécuritaire n’est pas sans évoquer les attaques djihadistes contre l’aéroport de Bamako en​ septembre 2024. Les attaques de la nuit du 28 au 29 janvier surviennent un peu plus d’un mois seulement après le sommet de l’AES qui s’est tenu à Bamako. Elles apparaissent comme un pied de nez et un démenti cinglant des assurances apportées aux peuples des trois pays quant à l’amélioration de la sécurité des personnes et des biens dans les pays de cette alliance.

 

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