
Après avoir pris le contrôle des leviers sécuritaires et économiques de la République centrafricaine, le groupe Wagner montre un grand appétit pour le secteur des mines. Ainsi, analyse Éric Topona Mocnga, journaliste à la rédaction Afrique francophone de la Deutsche Welle à Bonn (Allemagne), ses hommes tentent-ils de s’octroyer par la terreur et les méthodes peu recommandables, le monopole de la filière du métal jaune centrafricain.
Ces derniers mois, l’entreprise de mercenariat russe Wagner a étendu son contrôle sur le secteur aurifère centrafricain grâce, notamment, à une collaboration étroite avec le pouvoir de Faustin-Archange Touadéra.
À l’occasion du voyage à Moscou du président centrafricain en janvier 2025, les deux parties se sont accordées pour renforcer les volets économiques et sécuritaires de leur partenariat stratégique. Vladimir Poutine et son homologue centrafricain ont ainsi signé un mémorandum portant sur l’exploitation des ressources naturelles locales.
À travers la société de mercenariat Wagner, la Russie a récemment renforcé son contrôle du secteur minier en Centrafrique. Cette société militaire privée (SMP) y opère en toute opacité par l’intermédiaire de sociétés-écrans domiciliées aux Émirats arabes unis (EAU) ou à Madagascar.
Heavy Industrial a par exemple obtenu un juteux contrat pour l’exploitation de la mine d’IDERE-BABOUA située dans la région de Nana-Mambéré dans l’ouest du pays. Un décret présidentiel du 4 janvier 2024 lui offre une concession de 10 ans, renouvelables par périodes consécutives de 5 ans jusqu’à épuisement du gisement.
De plus, et en vertu d’un mémorandum bilatéral signé en 24 janvier 2024, l’entreprise gérée par Général Ressource bénéficie d’exonérations d’impôts sur sa production. L’extraction de l’or y aurait débuté à la suite des travaux de réhabilitation en décembre 2024.
L’exploitation de la mine d’or de Ndassima, située dans la préfecture de la Ouaka, au centre de la République centrafricaine (RCA) considérée comme le plus haut potentiel industriel du pays, a également été confiée à Wagner.
La concession sur le site aurait été octroyée à l’opérateur Midas Ressources en 2020 dans des conditions controversées. Selon les estimations, le gisement pourrait produire plus de quatre tonnes d’or chaque année, ce qui rapporterait entre 290 millions et 1 milliard de dollars par an à Wagner.
Politique de terreur
Par ailleurs, plusieurs sources rapportent que les hommes de Wagner auraient mis en œuvre une politique de terreur destinée à dissuader les communautés locales d’accéder au site. À cette fin, les mercenaires auraient procédé à des opérations de « nettoyage », exécutant les orpailleurs considérés comme illégaux.
Plus largement, l’entreprise est parvenue à établir un monopole sur l’or et le diamant dans la zone de Ndassima en contraignant les particuliers à lui vendre leur collecte à un prix inférieur au marché.
Pour rappel, l’entreprise Wagner s’est installée en Centrafrique en 2018, obtenant ses premiers permis d’exploitation sur les ressources naturelles en échange de l’accompagnement politique et sécuritaire des autorités centrafricaines. La visite à Moscou de Faustin-Archange Touadéra en janvier 2025 et la signature de nouveaux accords semblent témoigner de la volonté partagée de pérenniser ce modèle économique prédateur.
Toutefois, à l’avenir, les activités minières de Wagner pourraient être confiées à l’Africa Corps, une entité née en août 2023 et placée sous le patronage des autorités russes.