
Comme chacun le sait, l’ancien directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon et ex-patron du Trésor, Emmanuel Moulin, a remplacé Alexis Kohler au poste de secrétaire général de l’Élysée. L’ancien conseiller économique de Nicolas Sarkozy, retrouvera une maison qui lui est familière, et certains visages qu’il n’a pas forcément envie de revoir. En tout cas, rien n’est moins sûr que le courant passera entre Moulin, connu pour ses talents d’imitateurs et Jérémie Robert, l’actuel conseiller Afrique du président français. Analyse.
D’ici quelques jours, le 14 avril plus précisément, celui qui a suppléé un temps le représentant de la France au conseil d’administration de la Banque mondiale à Washington, Emmanuel Moulin, 56 ans, prendra effectivement possession du fauteuil du tout-puissant Alexis Kohler, qui occupait la fonction de secrétaire général de l’Élysée depuis 2017. Ce dernier, lui, a rejoint la Société générale en tant que directeur général adjoint.
Retrouvailles avec d’anciens camarades de la rue Solférino
Inutile de préciser que le nouveau bureau de Moulin est mitoyen de celui du chef de l’État Emmanuel Macron qu’il connaît bien depuis leurs premières années passées au ministère de l’Économie et des Finances mais pas seulement. Il faut rappeler que le chemin des deux hommes s’est également croisé lors de la campagne de 2012, marquée par la défaite de Nicolas Sarkozy, dont le nouveau secrétaire général de l’Élysée était l’émissaire chargé de rassurer les investisseurs anglo-saxons au sujet de l’incertitude sur la note triple AAA de la France, tandis que l’actuel président de la République était au service de François Hollande.
Celui qu’on présente comme un proche d’Alexis Kohler – il était le premier à être informé à Matignon de la dissolution de l’Assemblée nationale – retrouvera également quelques visages qu’il a connus du temps de son militantisme au Parti socialiste (PS), et qu’il ne semble plus supporter, même en peinture.
Ainsi, de Jérémie Robert, son ancien camarade rue de Solférino. Moulin, qui a gardé un tropisme américain, qu’il partage paraît-il, avec son épouse Laurence Nardon, responsable du programme Amériques de l’Institut français des Relations internationales, semble détester le tropisme africain du conseiller Afrique d’Emmanuel Macron au profit du chef de la junte guinéenne.
Pécheur en eaux troubles
Pour ne rien arranger aux rapports entre les deux hommes, l’activiste Thierry Monémboa révélé récemment dans une tribune largement relayée sur Internet, la « mansuétude de Jérémie Robert à l’endroit de l’autocrate guinéen », laquelle serait justifiée par le fait que le conseiller du président français aurait introduit certains de ses amis affairistes auprès de Mamadi Doumbouya afin de leur octroyer des permis d’exploitation miniers. Il s’agirait d’après lui de Etienne Giros et d’Édouard Louis-Dreyfus, qui seraient tous les deux intéressés par l’exploitation d’or et de bauxites guinéens.
Dans le texte, publié par Le Courrier Panafricain pour les besoins du débat, ce membre de la société civile guinéenne a également fait savoir que le collaborateur du président français « aurait tenté de bloquer un signalement auprès du Parquet national financier visant Lauriane Darboux, l’épouse de Doumbouya ».
Cette gendarme française, aurait, selon lui, « dissimulé aux services fiscaux de son pays un compte bancaire ouvert en son nom et détenu par elle dans une banque de Singapour » et dans lequel des montants colossaux en dollars américains seraient cachés. Il s’agirait, à l’en croire, « ni plus ni moins d’une fraude fiscale aggravée, doublée de blanchiment d’argent sale et de recel de détournement de fonds publics. »
Chiens de faïences
Quand on sait que le sport favori de Mamadi Doumbouya – en faveur duquel Jérémie Robert aurait mené une intense activité de lobbying ayant débouché sur la réintégration de son pouvoir putschiste au sein de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), le 24 septembre – est la confiscation de l’espace civique, la répression contre les opposants et la disparition de membres de la société civile, on est en droit de parier sur une méfiance de Moulin à son égard. À tout le moins une réserve, guidée par l’éthique morale.
À défaut d’un vrai affrontement fratricide entre les deux hommes, il faut s’attendre à ce que l’attitude du conseiller Afrique, qui semble avoir accepté les méthodes expéditives de Mamadi Doumbouya, et qui n’a jamais réagi aux scandaleuses disparitions d’acteurs de la société civile, ne rende exécrable leur collaboration.
Ce sera à l’honneur d’Emmanuel Moulin, qui devra imprimer ses marques à sa nouvelle fonction. L’arrivée de ce dernier au « château » signe-t-elle la fin de Jérémie Robert ? Seul l’avenir nous le dira.