En Guinée, les déclarations contestées de Robert Bourgi

À chaque sortie médiatique ou presque, Robert Bourgi confirmeson goût pour les révélations fracassantes et les récits difficiles à vérifier. Sa dernière charge contre Alpha Condé ne fait pas exception. Entre approximations, accusations sans preuves publiques et reconstruction contestée des faits, l’ancien avocat des réseaux françafricains relance une controverse dont il est devenu l’un des principaux artisans.

Les vieilles figures de la Françafrique ont ceci de particulier qu’elles semblent ne jamais quitter complètement la scène. Robert Bourgi en offre une nouvelle illustration. Dans une récente interview accordée à un média guinéen, l’avocat franco-libanais est revenu sur ses relations avec l’ancien président guinéen Alpha Condé, multipliant les récits et les accusations qui ne manquent pas de faire réagir.

Robert Bourgi affirme notamment qu’Alpha Condé l’aurait traité de « salopard » et menacé lors d’un échange téléphonique intervenu le jour des obsèques de son frère Albert Bourgi. Selon son récit, l’appel lui aurait été passé par un ancien ministre gabonais. Une version que contestent plusieurs personnes familières de l’affaire, qui soutiennent qu’il s’agissait en réalité d’une personnalité centrafricaine proche de l’ancien chef de l’État guinéen.

Attaques ad hominem 

Au-delà de cette divergence factuelle, ce sont surtout les commentaires de Robert Bourgi sur Alpha Condé qui interrogent. L’avocat, désormais perçu comme un soutien du général Mamadi Doumbouya, décrit l’ancien président en des termes particulièrement sévères et lui prête des intentions hostiles à l’égard du pouvoir actuel.

Or, à ce jour, aucun élément public n’est venu étayer les accusations évoquées contre l’ancien chef de l’État guinéen. Présenter celui-ci comme un homme engagé dans de supposées manœuvres clandestines relève davantage de l’affabulation que du fait démontré. Une distinction que l’on serait en droit d’attendre d’un avocat rompu aux exigences de la preuve. Mais peut-on considérer Robert Bourgi comme un avocat?

Cette sortie médiatique s’inscrit dans un contexte de forte polarisation politique en Guinée. Depuis le renversement d’Alpha Condé en septembre 2021, les récits concurrents sur le bilan de son pouvoir et sur les intentions de ses partisans alimentent régulièrement les débats publics.

Un homme controversé 

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est moins la virulence des propos que leur réception. Si certains soutiens du régime accordent du crédit aux propos de Robert Bourgi, d’autres observateurs se montrent plus sceptiques. Ils rappellent que l’ancien conseiller officieux de nombreux chefs d’État africains a souvent cultivé le goût des confidences spectaculaires, des révélations fracassantes et des récits difficilement vérifiables.

À plus de quatre décennies de présence dans les coulisses des relations franco-africaines, Robert Bourgi demeure un personnage qui divise. Pour les uns, il est un témoin privilégié des arcanes du pouvoir. Pour les autres, il est devenu l’incarnation d’une époque où les réseaux d’influence produisaient autant de récits que de réalités. Il est accusé d’être un affabuleur invétéré.

Une chose est certaine : il n’y a que Mamadi Doumbouya pour accorder du crédit aux déclarations de cet homme controversé.

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