Et si la France entrait réellement en guerre contre le Niger ?

Le 11 février dernier, un membre de la junte de Niamey a fait savoir que le Niger serait désormais en guerre avec la France. Mais si Paris décidait, pour une fois, de répondre à ces provocations, le Niger, débarrassé des putschistes, pourrait enfin respirer. De l’avis des observateurs, une intervention française sur place pourrait ouvrir la voie à un retour à la légalité constitutionnelle, après une transition crédible. Éditorial

Il y a moins d’une semaine, le général Amadou Ibro, chef d’état-major particulier du chef de la junte nigérienne a déclaré que son pays entre en belligérance avec Paris. « Sachez-le, on va entrer en guerre avec la France. On n’était pas en guerre, c’est maintenant qu’on va en guerre avec la France. », a-t-il lancé sous les acclamations et les cris de « À bas la France ».

Relayée en boucle sur les réseaux sociaux et dans les médias de la junte, la déclaration s’inscrit dans une escalade verbale délibérée, quelques semaines après qu’Abdourahamane Tiani lui-même a accusé Emmanuel Macron d’être le « sponsor » des djihadistes qui ont attaqué l’aéroport de Niamey fin janvier. Même si Paris a démenti ces propos, les qualifiant de « guerre informationnelle », le mal est fait. D’ailleurs, la junte de Niamey franchit chaque jour un nouveau palier dans la provocation.

Ennemis extérieurs imaginaires

Le moins qu’on puisse penser, c’est que si un Grand Prix du ridicule existait sur le continent africain, Abdourahamane Tiani et sa bande de putschistes en seraient les premiers décorés, à l’unanimité du jury. Car depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, ils accumulent les actes inconsidérés qui couvrent l’Afrique de honte.

Incapables de faire face aux problèmes internes qui rongent le Niger, à savoir une insécurité galopante, une économie exsangue, les services publics en ruine, une corruption endémique, ces militaires passent le clair de leur temps à désigner l’étranger, et particulièrement la France, comme un bouc émissaire de leurs échecs. C’est la vieille stratégie usée jusqu’à la corde des autocrates, consistant à créer des ennemis extérieurs imaginaires pour masquer leur incompétence, mobiliser les foules autour d’un nationalisme de pacotille et justifier leur mainmise sur le pouvoir.

Abdourahamane Tiani n’a rien inventé. Mobutu Sesse Seko, Jean-Bedel Bokassa, Gnassingbe Eyadéma et tant d’autres avant lui ont joué cette même partition. Mais les faits demeurent têtus, et les statistiques accablantes. Depuis le putsch, les violences ont augmenté de plus de 40 % dans certaines régions, selon les rapports des organisations internationales, les écoles ferment, les marchés sont désertés, les paysans fuient et le pays croule sous les attaques de groupes affiliés à l’État islamique et à Al-Qaïda.

Au lieu d’assumer ses responsabilités, la junte accuse les autres, Patrice Talon, Alassane Ouattara, Emmanuel Macron de tous les maux. Le comble, c’est qu’après avoir nationalisé les actifs d’Orano, Abdourahamane Tiani continue de prétendre que l’uranium du Niger est toujours pillé par la France.

Rodomontades suicidaires

La question est de savoir si, pour une fois, la France décidait de prendre les rodomontades suicidaires des putschistes de Niamey au pied de la lettre ? Et si elle décidait d’entrer effectivement en guerre contre le Niger ? Selon tous les experts militaires crédibles, il ne faudrait que quelques heures – 24 au maximum – à l’armée française pour mettre Abdourahamane Tiani et sa clique hors d’état de nuire.

La disproportion des forces en présence est abyssale. Sixième puissance militaire mondiale selon le classement Global Firepower 2026, la France dispose d’une armée professionnelle de près de 200 000 hommes, d’une aviation de combat moderne (Rafale, Mirage 2000, drones Reaper), d’une marine projetable, de forces spéciales rodées qui connaissent le Sahel et d’un budget de défense supérieur à 67 milliards de dollars.

Classé 120e mondial et 21e en Afrique, le Niger aligne péniblement 30 000 à 35 000 hommes (chiffres de 2023, avant le coup d’État), une aviation squelettique (une partie a été détruite au cours de l’attaque jihadistes de janvier 2026), aucune défense aérienne digne de ce nom, un budget de défense d’à peine 400 millions de dollars et une logistique rudimentaire.

La qualité des hommes achève le tableau. Les soldats français sont formés, entraînés, équipés aux standards de l’OTAN, avec une expérience accumulée en Afghanistan, au Mali, au Sahel. Plus grave, l’armée de Tiani compte dans ses rangs des officiers et sous-officiers formés par la France pendant des décennies. Paris connaît le terrain nigérien comme sa poche, y dispose d’un réseau d’informateurs, une fine connaissance des tribus, des pistes et des points d’eau. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que les forces nigériennes, déjà dispersées sur le front de lutte contre les jihadistes, s’effondreraient dès les premières minutes d’une confrontation.

Une caricature

Alors, on peut aussi s’interroger si ce n’était pas finalement la meilleure chose qui puisse arriver à ce pays du Sahel et à toute la sous-région ? En tout cas, cela va permettre de débarrasser le Niger d’un soudard dont la moindre déclaration rappelle le « sergent-chef-vingt-ans de service » de la coloniale.

Grossier, autoritaire, obsédé par l’uniforme et le pouvoir personnel, Abdourahame Tiani est une caricature. Il s’accroche au pouvoir par la terreur et la propagande. Sous sa coupe, le pays s’enfonce. L’Alliance des États du Sahel (AES) qu’il a formée avec le Mali et le Burkina Faso n’est qu’une alliance de juntes fragiles, dépendantes de Moscou, incapables de juguler le terrorisme.

À preuve, les groupes jihadistes profitent de ce vide pour recruter taxer les pauvres populations civiles, contrôler des pans entiers du territoire. Cependant, la junte a ouvert ses frontières aux quatre vents, permettant à des combattants, des trafiquants de tout acabit et des migrants potentiellement radicalisés de remonter vers la Libye, puis vers l’Europe.

Dès lors, la menace n’est pas que régionale. Elle est africaine et internationale. En tolérant le passage de dangereux éléments à travers le Sahel, les putschistes de Niamey mettent en péril la sécurité du continent africain et, par ricochet, celle des autres pays de la Méditerranée. La vraie question est celle de la sécurité collective, de la stabilité régionale et de la lutte contre le terrorisme transnational. Les cris d’orfraie sur l’ingérence dans les affaires internes d’un pays souverain ne servent qu’à masquer une incapacité à gouverner, à protéger ses propres citoyens et à assurer la stabilité.

Ouvrir la voie à une transition plus crédible

À Paris et dans certaines capitales africaines, on nous opposera le droit international, le respect des frontières et le spectre du néocolonialisme. Mais de quel droit international parle-t-on ? Celui qui permet à des militaires félons de s’accrocher au pouvoir ou celui qui laisse des milliers de civils mourir sous les balles des jihadistes pendant qu’Abdourahamane Tiani parade en treillis ?

En vérité, quand un régime menace explicitement de « guerre », quand il ouvre ses portes aux mercenaires, quand il instrumentalise la misère de son peuple contre l’ancienne puissance coloniale, la passivité devient une complicité. Face à un régime qui met en danger la stabilité de toute la région et, indirectement de l’Europe, l’inaction serait irresponsable. D’autant que le chef de la junte et ses acolytes jouent avec le feu, croyant naïvement que la rhétorique anti-française suffira à légitimer leur pouvoir.

Même limitée, une intervention française sur place pourrait ouvrir la voie à un retour à la légalité constitutionnelle, à une transition crédible et à une coopération renouvelée avec les autres pays. La France a les moyens de mener une opération chirurgicale, comme elle l’a fait ailleurs.

Surtout qu’Abdourahamane Tiani n’est pas un vrai chef d’État élu démocratiquement mais un vulgaire putschiste. Ses rodomontades ne sont que des cris d’un homme acculé, qui voit son pouvoir s’effriter. Si la France décidait, pour une fois, de répondre à ses provocations, le Niger pourrait enfin respirer. La sous-région aussi. Dans leur immense majorité, les Nigériens, eux, aspirent à la paix, à la sécurité, au développement.

 

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