L’aéroport international Diori Hamani de Niamey et la base aérienne 101 qui le jouxte ont été la cible d’une attaque audacieuse dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026. Circulant à moto, les assaillants ont tiré des rafales nourries, lancé des explosifs et semé la panique pendant au moins une heure avant d’être repoussés. Le bilan, tant humain que matériel, est lourd.
L’opération, finalement revendiquée par l’État islamique, qui l’a qualifié de « surprise et coordonnée», a une particularité : l’organisation terroriste, qui multiplie les incursions au Niger depuis des années, n’a cette fois-ci pas pris la peine de se cacher.
C’est la preuve qu’avec cette attaque, on n’est pas seulement face à une faille sécuritaire. Elle est le révélateur de l’inefficacité de ce régime militaire qui promettait le retour de la sécurité aux Nigériens, mais qui ne leur offre que le chaos. L’action terroriste est surtout révélatrice de la fébrilité d’un chef d’État qui, incapable d’assumer l’échec de ses services — donc le sien — préfère l’antique refuge des autocrates : la désignation de boucs émissaires.
Dans ce numéro désormais rodé, Abdourahamane Tiani a pointé du doigt les présidents français, ivoiriens et béninois, accusés d’être les commanditaires des supposés « mercenaires ». Emmanuel Macron, Alassane Ouattara, Patrice Talon ont été tous convoqués à la barre d’un procès imaginaire. La rhétorique est connue, le procédé grossier. Il s’agit moins d’expliquer un fiasco que de détourner l’attention d’une réalité têtue : la promesse de sécurité brandie par la junte pour justifier son putsch n’était que de la poudre aux yeux.
Caïd de cour de récréation
On aurait pu attendre d’un chef d’État – ou du moins d’un homme qui prétend en exercer les fonctions – une réaction à la hauteur du choc. Mais le général putschiste qui squatte illégalement la présidence depuis le coup d’État de juillet 2023 contre le président élu Mohamed Bazoum a choisi une autre voie. Celle, pathétique et récurrente, de la fuite en avant. Des coupables sont vite désignés sans la moindre preuve, sans le moindre commencement du commencement de commencement d’élément tangible.
Ce spectacle aurait prêté à sourire s’il n’était tragique. Machiavel de maison close, Abdourahamane Tiani a ensuite versé dans le registre des caïds de cour de récréation, promettant aux trois présidents de s’attendre à le voir « rugir », comme si le chef d’une junte vacillante, cernée par les djihadistes et économiquement exsangue, pouvait encore faire trembler qui que ce soit.
De la bouche d’un homme qui n’a pas su protéger un aéroport stratégique, encore moins la population qu’il prétend gouverner, le rugissement de Tiani tient davantage d’un spectacle de piètre facture pour sa clientèle que d’une quelconque puissance de frappe.
Contraste saisissant
Mais pendant que le général putschiste passe le plus clair de son temps à hurler au complot contre son pays, ses voisins, eux, avancent. La Côte d’Ivoire poursuit sa trajectoire de croissance soutenue, portée par une stabilité politique et une attractivité économique qui donne envie. Quant au Bénin, il offre un contraste saisissant avec le chaos nigérien. Là où les autorités de Niamey s’enfoncent dans l’obscurantisme et la violence, Cotonou mise sur le développement. Preuve éclatante de cette ambition, la récente levée de fonds orchestrée par le ministre béninois de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni.
Rien que ce mois de janvier 2026, le Bénin a réalisé une opération financière remarquable, levant près d’un (1) milliard de dollar sur les marchés internationaux. Le mécanisme de cette levée de fonds est classique mais exige une crédibilité que le régime de Tiani ne peut même pas rêver approcher. L’opération réalisé par le Bénin va permettre d’allonger la maturité moyenne de la dette, de réduire le coût du service et de libérer des marges budgétaires pour l’investissement public.
Technocrate brillant et respecté, Romuald Wadagni en est le maître d’œuvre. Il a négocié pied à pied avec les agences de notation, les investisseurs, les bailleurs multilatéraux. Sa gestion rigoureuse des finances publiques a permis de maintenir un déficit budgétaire sous contrôle et une dette publique à 53-54 % du PIB. Résultat, le Bénin emprunte à des taux que bien des pays africains envient, tandis que le Niger de Tiani est exclu des marchés internationaux, dépendant de la charité russe et de trafics opaques.
C’est un régime qui n’a rien a proposé, si ce ne sont une vague promesse de sécurité non tenue, une économie à l’arrêt, des alliances brouillonnes et une diplomatie de la colère. Son bilan est maigre, la méthode brutale, l’avenir incertain. Face à cette réalité, la tentation est grande de transformer l’échec personnel en accusation de complot. Comme quoi, l’Histoire est cruelle avec les illusionnistes : elle finit toujours par demander des comptes.
Le pyromane qui crie au feu
C’est donc dans ce contexte que le chef de la junte a osé porter des accusations farfelues à l’endroit du président Patrice Talon. Lui, qui a accueilli, logé et continue de protéger – voire de blanchir – l’apprenti putschiste Pascal Tigri, qu’il a incité et poussé à déstabiliser les institutions béninoises. C’est le pyromane qui crie au feu. L’homme qui fomente l’instabilité chez les autres et s’indigne d’en être victime.
Comme on peut le constater, à la différence du putschiste de Niamey, le président Patrice Talon n’a pas cédé à la tentation du coup de menton. Il n’est pas descendu dans l’arène médiatique pour hurler au complot, désigner des sponsors étrangers ou menacer de « rugir ». Il a gardé le silence de la responsabilité. C’est cela, la grandeur. C’est à cela qu’on reconnaît les vrais chefs d’État.
Autrement dit, les élucubrations et les rodomontades de Tiani ne trompent personne. Elles trahissent au contraire une paranoïa croissante parce que son régime vacille. L’alliance avec les mercenaires russes de Wagner – rebaptisés Africa Corps – n’a pas tenu toutes ses promesses. Les djihadistes gagnent du terrain. L’économie est à genoux, l’inflation est galopante, la population, qui avait peut-être cru aux promesses populistes du coup d’État, commence à comprendre qu’elle a été flouée. Abdourahamane Tiani, lui, n’est plus qu’un homme seul, entouré de courtisans et de gardes prétoriens, qui tente de survivre en désignant des ennemis imaginaires.
À cet Idi Amin Dada de Niamey, à ce tyranneau de brousse qui joue au grand stratège, il faut dire les choses crûment : on ne s’improvise pas chef d’État. Le métier exige de la vision, du courage, de la responsabilité et une once d’humilité. Or, il n’a rien de tout cela. Il a trahi sa promesse, plongé son pays dans le chaos, livré son peuple à la misère et à la peur.
En clair, l’attaque de l’aéroport de Niamey est le symptôme d’un État en décomposition. Et le chef putschiste gagnerait à se rendre à l’évidence. L’autoritarisme sans résultats est une imposture. Le nationalisme de pacotille est un cache-misère. La fuite en avant verbale reste le dernier refuge des pouvoirs en perdition. Quant à l’Histoire, elle jugera sévèrement les imposteurs qui se prennent pour des sauveurs.



