Alors que la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies continue de susciter des débats, l’ancien ministre centrafricain de la Communication Adrien Poussou a organisé à Cotonou une conférence de presse consacrée aux enjeux de cette élection. Au lendemain du soutien officiellement exprimé par le Sénégal, il a défendu l’idée qu’au-delà du parcours de l’ancien chef de l’État, c’est la capacité de l’Afrique à soutenir l’un des siens dans les grandes compétitions internationales qui est désormais mise à l’épreuve.
À quelques mois de l’élection du prochain secrétaire général des Nations unies, le débat autour de la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall prend une dimension nouvelle. À la suite du soutien officiellement exprimé par le Sénégal, Adrien Poussou, ancien ministre centrafricain de la communication et analyste des relations internationales, a animé à Cotonou une conférence de presse, la première prise de parole publique panafricaine consacrée aux enjeux de cette candidature. L’occasion, pour cet intellectuel centrafricain, de défendre une idée qui dépasse, selon lui, la seule personne de l’ancien chef de l’État sénégalais : la capacité de l’Afrique à parler d’une seule voix lorsqu’un de ses ressortissants aspire à la plus haute fonction administrative des Nations unies.
Expression d’une espérance collective
Ceux qui connaissent Adrien Poussou savent que le goût de la controverse ne lui est pas étranger. En 2025, l’ancien ministre avait suscité un vif débat en publiant dans Le Point Afrique une tribune plaidant pour un moratoire sur les élections présidentielles en Afrique, estimant que leur organisation, dans plusieurs États, ne contribuait plus à la consolidation démocratique mais à la reproduction des crises politiques. Une position qui avait nourri de nombreuses critiques, tout en installant son auteur dans le paysage des intellectuels africains adeptes des prises de position iconoclastes.
Cette fois, c’est un autre sujet sensible qu’il choisit d’investir : la candidature de Macky Sall au secrétariat général des Nations unies. D’emblée, Adrien Poussou cherche à déplacer le débat. « La candidature du président Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies a cessé d’être une ambition individuelle pour devenir l’expression d’une espérance collective, celle de l’Afrique tout entière », affirme-t-il devant les journalistes. Selon lui, « il existe une différence essentielle entre la compétition politique nationale et la représentation de l’Afrique au sein des grandes institutions internationales ».
Son argumentation repose sur une distinction constante entre le jugement porté sur l’ancien chef d’État dans son propre pays et l’évaluation des qualités requises pour diriger l’administration des Nations unies. À ses yeux, l’organisation ne recherche pas « un dirigeant au parcours immaculé », mais « une femme ou un homme capable de faire dialoguer les puissances lorsqu’elles ne s’écoutent plus ».
Un candidat sérieux
Il s’appuie également l’histoire de l’organisation pour étayer son raisonnement, en rappelant que les anciens secrétaires généraux africains Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan n’ont pas été réduits aux controverses politiques de leurs pays d’origine. « Pourquoi en irait-il autrement aujourd’hui ? », interroge-t-il.
Au-delà de la défense de Macky Sall, Adrien Poussou pose une question plus large : l’Afrique est-elle prête à soutenir l’un des siens lorsqu’il aspire à diriger l’Organisation des Nations unies? Pour lui, le continent risque de fragiliser son propre plaidoyer en faveur d’une réforme de la gouvernance mondiale s’il ne se montre pas capable de porter une candidature africaine lorsqu’elle se présente. «Ces revendications perdraient de leur force si, au moment précis où un fils de l’Afrique sollicite la confiance de la communauté internationale, notre continent hésitait à considérer sa candidature avec le sérieux qu’elle mérite », soutient-il.
Toutefois, son raisonnement est loin de faire l’unanimité. Les critiques formulées à l’égard de Macky Sall pendant et à l’issue de ses deux mandats restent vives, au Sénégal comme à l’étranger. Ses opposants lui reprochent notamment la gestion des manifestations politiques qui ont fait plusieurs dizaines de morts selon les bilans d’organisations de défense des droits humains, l’utilisation de la justice contre certains adversaires politiques, en particulier dans les affaires visant Ousmane Sonko, ainsi que les tensions ayant entouré le report de l’élection présidentielle de 2024, finalement annulé par le Conseil constitutionnel. Ces épisodes continuent d’alimenter un débat nourri sur son bilan démocratique.
Adrien Poussou ne nie pas l’existence de ces controverses. Mais il refuse d’en faire le seul critère d’appréciation d’une candidature internationale. Selon lui, « soutenir cette candidature africaine ne signifie pas suspendre tout esprit critique », mais reconnaître qu’« au-delà des débats nationaux, il existe un intérêt continental qui mérite, lui aussi, d’être pris en compte ».
Une inconnue demeure. Les soutiens africains, aussi affirmés soient-ils, suffiront-ils à convaincre les États membres des Nations unies ? L’élection du secrétaire général obéit à des équilibres diplomatiques complexes, où les cinq membres permanents du Conseil de sécurité jouent un rôle déterminant. Dans cette compétition, l’appui du continent africain constitue un atout politique important, mais il ne garantit pas, à lui seul, l’issue du scrutin.
Cette prise de parole de Cotonou aura néanmoins rappelé que pour une partie des élites africaines, la candidature de Macky Sall est désormais perçue comme un test de la capacité du continent à défendre ses ambitions dans les enceintes internationales. Plus que le destin de Macky Sall, c’est bien la question de la cohésion diplomatique africaine qui se trouve posée.



