Parti de Yaoundé début juin pour ce qui devait être un « bref séjour privé » en Europe, le président camerounais Paul Biya n’est toujours pas rentré dans son pays près de deux mois plus tard. Alors que les interrogations sur son état de santé se multiplient, l’absence prolongée du chef de l’État, au pouvoir depuis 1982, ravive les incertitudes sur sa succession et nourrit les craintes d’une période de fortes turbulences dans un pays dont les institutions demeurent largement structurées autour de sa personne.
Le 7 juin dernier, la présidence camerounaise annonçait sobrement que le chef de l’État avait quitté Yaoundé, accompagné de son épouse Chantal Biya, pour ce qui était présenté comme « un court séjour privé en Europe ». Cinquante-sept jours plus tard, ce séjour n’a toujours pas pris fin. Jamais, depuis son accession au pouvoir en novembre 1982, Paul Biya n’avait connu une absence aussi longue du territoire national. Ce seul fait suffit à mesurer l’ampleur des spéculations.
Entre-temps, plusieurs membres de sa famille l’ont rejoint en Suisse, alimentant les interrogations d’une opinion publique déjà gagnée par l’anxiété. Officiellement, Yaoundé continue d’affirmer que Paul Biya exerce pleinement ses fonctions. Mais plus le temps passe, plus les certitudes officielles peinent à dissiper les doutes.
Le pays retient son souffle
Selon des informations du Courrier Panafricain, Son état de santé du président camerounais, hospitalisé à la Clinique Générale-Beaulieu, à Genève, se serait fortement dégradé et il serait placé sous assistance respiratoire.
À en croire une source diplomatique, les membres de la famille présidentielle seraient gagnés par la panique tandis qu’une profonde inquiétude règne dans les cercles gouvernementaux, gagnés par un climat de fébrilité. « Les gens craignent un soulèvement populaire ou un putsch en cas d’annonce de la disparition de Paul Biya », affirme cette source.
Il faut dire que ces inquiétudes ne relèvent pas uniquement de la santé de cet homme de 93 ans, mais traduisent surtout les fragilités d’un système politique construit depuis plus de quatre décennies autour d’une seule personne.
Spéculations sur la succession
Depuis 1982, Paul Biya a façonné un régime où les mécanismes de succession ont toujours été volontairement maintenus dans le flou. Réélu en 2025 pour un huitième mandat à l’issue d’un scrutin vivement contesté par l’opposition, le président camerounais incarne à lui seul la permanence de l’État. Cette personnalisation extrême du pouvoir constitue aujourd’hui la principale faiblesse du Cameroun.
Alors qu’une fonction de vice-président a été réintroduite dans l’architecture institutionnelle, elle demeure toujours vacante. En cas d’empêchement durable du chef de l’État, cette absence nourrit toutes les spéculations sur la succession.
Même dans le camp présidentiel, aucun consensus ne semble émerger. Certes, Franck Biya apparaît désormais comme le favori de ce poste, mais l’hypothèse de sa nomination est loin de faire l’unanimité. Plusieurs clans se disputent déjà le fauteuil de Paul Biya qui règne depuis quarante-quatre ans et qui n’est plus en mesure de signer un décret.
Préoccupations des voisins
L’inquiétude dépasse largement les frontières camerounaises. Les chancelleries occidentales suivent avec une attention croissante les développements de cette crise silencieuse. Toujours selon nos informations, la situation figurait parmi les sujets abordés lors de l’entretien entre le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra et son homologue gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, à l’occasion de l’escale de ce dernier à Bangui.
Là encore, cette information montre une préoccupation logique : la République centrafricaine comme le Gabon partagent d’importantes frontières avec le Cameroun et seraient directement affectés par toute crise majeure, qu’elle soit sécuritaire, politique ou humanitaire qui touche le pays.
De l’avis de tous, le véritable sujet n’est pas seulement l’état de santé de chef de l’État camerounais, mais celui de la capacité du Cameroun à organiser sereinement l’après-Biya. Le pays est suspendu à une question que personne n’ose formuler publiquement, mais que chacun se pose en privé : le pays est-il prêt pour le jour d’après ? Rien n’est moins sûr. Et c’est précisément cette incertitude qui nourrit toutes les inquiétudes sur l’avenir du Cameroun.



