Les violences et les pillages survenus en marge des manifestations du 17 octobre en France soulèvent la question d’une possible ingérence étrangère. Alors que la Russie mène une guerre hybride contre les démocraties occidentales, l’hypothèse d’une instrumentalisation de ces débordements par Moscou mérite d’être examinée, sans occulter les causes internes du désordre.
Les actes de violence et de pillage observés en marge des manifestations du 17 octobre en France semblent avoir été minutieusement préparés. Leur déroulement, leur répétition et la détermination de certains groupes à transformer ces rassemblements en scènes de chaos posent une question que les autorités françaises devraient prendre au sérieux : au-delà des motivations de leurs auteurs, ces violences ne participent-elles pas d’une stratégie de déstabilisation extérieure ?
En tout cas, il ne serait pas surprenant d’apprendre que les services russes ont encouragé, voire financé, certains de ces groupuscules violents pour semer le désordre en France. Il faut, bien entendu, distinguer les manifestants pacifiques des casseurs. La liberté de manifester est un droit fondamental, et la présence de groupes violents ne saurait discréditer l’ensemble des revendications.
Toutefois, cette distinction nécessaire ne doit pas conduire à fermer les yeux sur les questions que soulève le comportement de ceux qui profitent des rassemblements pour piller, détruire et provoquer des affrontements avec la police.
Une guerre hybride aux multiples visages
Lorsque ces violences prennent une ampleur aussi particulière, lorsque les mêmes méthodes se reproduisent et que des individus montrent qu’ils sont davantage préoccupés par la confrontation que par les revendications légitimes, il ne faut pas manquer de s’interroger sur le degré de préparation de ces opérations.
Car la France n’est pas confrontée à la seule menace de la violence urbaine. Elle est aussi la cible d’une guerre hybride dans laquelle la Russie, depuis plusieurs années, mobilise différents instruments de puissance pour l’affaiblir : désinformation, manipulation de l’opinion, cyberattaques, opérations d’influence et exploitation des fractures politiques et sociales.
L’objectif n’est pas nécessairement de provoquer un affrontement direct, mais de miner la confiance des citoyens dans leurs institutions, d’exacerber les divisions, d’épuiser les forces de sécurité et de donner, à l’intérieur comme à l’extérieur, l’image d’une démocratie incapable de préserver l’ordre public.
La France, cible privilégiée de Moscou
Dans une telle stratégie, les tensions qui traversent la société française constituent un terrain favorable. Il suffit d’amplifier les colères qui existent déjà au sein de la population, de pousser les antagonismes à leur paroxysme et de favoriser les conditions dans lesquelles une manifestation dégénère.
C’est précisément ce qui rend la guerre hybride si difficile à combattre. D’autant que les relais locaux ne sont pas toujours conscients de servir des intérêts étrangers. Certains peuvent agir par idéologie, d’autres par opportunisme, d’autres encore par simple goût de la confrontation. L’enjeu, pour les services de renseignement français, est de déterminer si Moscou a contribué à coordonner, financer ou amplifier ces violences, et selon quelles modalités.
La Russie est d’autant plus encline à vouloir fragiliser la France que Paris soutient l’Ukraine face à l’agression russe. Ce soutien politique, diplomatique, économique et militaire inscrit la France parmi les adversaires que Moscou cherche à affaiblir.
Dès lors, les infrastructures sensibles, les réseaux de transport, les installations énergétiques, les systèmes de communication et les capacités de défense françaises sont exposés à des risques d’espionnage, de sabotage ou de cyberattaque.
D’ailleurs, les autorités françaises ont, à plusieurs reprises, alerté sur les menaces que représentent les opérations d’ingérence et les activités hostiles attribuées à la Russie.
Ne pas céder à la facilité
Le piège, pour la France, serait d’attribuer à la seule Russie tous les désordres dont elle souffre. Ce serait exonérer trop facilement les responsables nationaux, ignorer les causes profondes des colères sociales et offrir aux ingérences étrangères un récit commode, celui d’un pouvoir qui cherche toujours un ennemi extérieur pour expliquer ses propres difficultés.
La lucidité commande de tenir ensemble deux exigences : traiter les causes intérieures des tensions et démasquer les tentatives étrangères de les instrumentaliser. Sinon, le Kremlin n’aurait plus qu’à rendre les Français plus méfiants les uns envers les autres, leur démocratie plus fragile et leur État moins capable d’agir. C’est pour empêcher qu’un tel scénario ne se réalise que la vigilance s’impose.
Dans cette guerre de l’ombre, la première faiblesse serait de ne pas voir la menace. La seconde serait de la voir partout sans jamais chercher à la contrer.



