L’Afrique ne peut pas se permettre d’abandonner Macky Sall

Au moment où l’ancien président sénégalais s’apprête à se rendre à Dakar, l’Afrique donne encore le sentiment de manquer un rendez-vous avec elle-même, en abandonnant Macky Sall dans sa campagne pour le poste de secrétaire général des Nations unies. Plus que le destin personnel de l’ancien dirigeant, c’est la capacité du continent à parler d’une seule voix et à défendre ses propres ambitions sur la scène internationale qui est aujourd’hui mise à l’épreuve.

Macky Sall est attendu le 17 juillet à Dakar. Il y rencontrera son successeur, Bassirou Diomaye Faye. Au-delà des sujets de politique nationale qui seront naturellement abordés, on peut parier que la question du soutien du Sénégal à sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU figurera en bonne place dans leurs échanges. C’est une excellente chose. Car c’est précisément le silence embarrassé de Dakar qui a, en grande partie, conduit l’Union africaine à ne pas endosser officiellement la candidature de l’ancien président. Un renoncement collectif qui en dit long sur les faiblesses du continent.

L’Afrique a tort de soutenir si timidement, voire de bouder, l’ambition de l’ancien président. La question n’est pas de savoir si Macky Sall a des chances mathématiques de l’emporter face à d’autres prétendants mieux placés. L’essentiel, pour le continent, est de disposer d’un candidat crédible, expérimenté et capable de porter haut sa voix dans cette arène mondiale. C’est précisément ce qu’a fait Macky Sall lors de son « grand oral » devant les États membres.

Lors de cette audition, a défendu une vision du multilatéralisme qui fait écho aux aspirations de nombreux pays du Sud. Réforme de la gouvernance mondiale, financement du développement, climat, sécurité, place de l’Afrique dans les décisions internationales autant de thèmes qui font écho aux exigences du continent.

Assurance discrète de certains membres permanents du Conseil de sécurité

Or, depuis des décennies, les dirigeants africains dénoncent le déséquilibre de la gouvernance internationale. Ils réclament une réforme du Conseil de sécurité, demandent davantage de représentation dans les institutions financières internationales, contestent un ordre mondial qu’ils jugent hérité de 1945 et devenu inadapté aux réalités du XXIe siècle. Mais lorsqu’un Africain se porte candidat à la plus haute fonction administrative des Nations unies, le continent peine à parler d’une seule voix. Le paradoxe est saisissant.

Macky Sall n’a pas le tempérament d’un jusqu’au-boutiste aveugle. Il n’a jamais cultivé l’image d’un homme politique adepte des combats perdus d’avance. Autrement dit, s’il s’est lancé dans cette bataille, c’est qu’il a mesuré ses chances avec le réalisme froid qui l’a toujours caractérisé. On peut raisonnablement supposer qu’il a reçu, en amont, des assurances discrètes de la part de certains membres permanents du Conseil de sécurité. Personne ne se jette dans une telle compétition sans filet.

Cette candidature rappelle, à bien des égards, celle qui l’avait porté à la présidence sénégalaise en 2012. À l’époque, peu de commentateurs pariaient sur le successeur d’Abdoulaye Wade, perçu comme trop lisse. L’histoire a tranché. Aujourd’hui, celui qui a dirigé son pays pendant douze ans, présidé l’Union africaine et piloté des dossiers majeurs sur la dette, le climat et la sécurité alimentaire, dispose d’un pedigree lui permettant d’occuper le poste de secrétaire général de l’ONU.

En se montrant réservée, l’Afrique a une fois de plus offert au monde l’image d’un continent fragmenté, incapable de se rassembler sur une question stratégique. Où est passée la solidarité panafricaine tant invoquée dans les discours ? Au moment où le multilatéralisme est malmené, où les puissances moyennes et émergentes cherchent à rééquilibrer le système international, l’Afrique choisit de se diviser plutôt que de défendre l’un des siens. C’est une erreur historique.

Un test de maturité diplomatique 

Soutenir Macky Sall, ce n’est pas seulement faire un pari sur un homme. C’est affirmer que l’Afrique a le droit, et même le devoir, de viser les plus hautes fonctions internationales sans complexe. C’est refuser que le continent reste éternellement demandeur d’aides et de sièges symboliques, sans jamais oser prétendre à la direction effective des institutions qu’il finance de plus en plus.

Le continent représente près d’un tiers des États membres des Nations unies. Son vote est recherché dans toutes les grandes négociations internationales. Pourtant, lorsqu’il s’agit de soutenir l’un des siens, les divisions reprennent le dessus. Cette faiblesse est moins celle des institutions africaines que celle des réflexes politiques nationaux, qui continuent trop souvent de primer sur l’intérêt collectif.

Le soutien à Macky Sall dépasse donc sa personne. Il constitue un test de maturité diplomatique pour un continent qui aspire à davantage de responsabilités dans la gouvernance mondiale. Faute de le comprendre, l’Afrique continuera de dénoncer son sous-représentation dans les institutions internationales tout en laissant passer les occasions de la corriger. Et elle donnera, une fois de plus, au reste du monde l’image d’un continent qui peine à transformer ses ambitions communes en action collective.

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